|
Classification de Gell et Coombs :
Lorsque des réponses adaptatives se font de façon
exagérée ou inappropriée et provoquent
des lésions tissulaires, on parle
d’hypersensibilité. Ce type de
réponse n’est pas général,
est caractéristique de l’individu et
apparaît seulement lors d’un deuxième
contact avec un allergène. La classification de Gell et
Coombs (1975) répartit
l’hypersensibilité en quatre types (I, II, III et
IV), selon la forme d’action et le temps de
réponse. Ceux-ci sont rarement
individualisés et ne se développent pas
séparément l’un de l’autre.
Les trois premiers sont médiés par des anticorps,
le quatrième par les cellules T et les macrophages.
A l’heure actuelle, la classification de ces deux
immunologistes anglais sert toujours de
référence, bien que la
réalité soit plus complexe qu’elle ne
le paraissait à leur époque. A. L’hypersensibilité de type I :
C’est le type le plus fréquent et le plus
important du point de vue clinique ; il correspond
à l’hypersensibilité
immédiate (HSI) avec anticorps circulants qui sont des
immunoglobulines de type Ig E capables de se fixer sur les mastocytes
tissulaires et sur les basophiles du sang circulant.
Ces anticorps Ig E se trouvent à l’état
libre dans le sang circulant, mais c’est la partie
fixée sur les cellules qui est la plus importante, et qui
est directement responsable des symptômes allergiques.
Ceux-ci apparaissent quand les Ig E fixées à la
surface des mastocytes et des basophiles réagissent avec
l’allergène correspondant ; il en
résulte la dégranulation de ces cellules qui
libèrent dans la circulation des amines vasoactives qui sont
les médiateurs chimiques de l’allergie (histamine,
sérotonine, protéases, tryptase, prostaglandines,
leucotriènes…). La
caractéristique des réactions de
l’allergie de type I est que les symptômes
apparaissent très rapidement après
l’exposition à un allergène, en
règle générale entre 10 et 20 minutes,
mais quelquefois moins d’où le nom d’hypersensibilité immédiate.
Ce terme ne devrait pas être conservé, car on sait
maintenant que les manifestations de l’allergie de type I se
prolongent parfois bien au-delà du délai pendant
lequel peuvent agir les médiateurs
libérés. Le
mécanisme de la réaction allergique
médiée par IgE se déroule en 2
étapes : - la
sensibilisation : le système immunitaire de
l’organisme va produire des IgE spécifiques lors
du premier contact avec l’allergène. Cette
première étape est muette cliniquement, on ne
présentera donc aucun symptôme.
- la réaction allergique proprement dite : lors
d’un second contact avec l’allergène (ou
d’un allergène de structure proche dans le cas des
allergies croisées), le système immunitaire va
reconnaître l’allergène et
réagir contre lui (activation des mastocytes et basophiles
et libération de médiateurs chimiques, notamment
l’histamine, et des cytokines pro-inflammatoires). Le sujet
va déclencher, lors de cette étape, une
manifestation clinique allergique dont la gravité
dépend de chaque individu.
B. L’hypersensibilité de
type II :
Celle-ci est dite cytotoxique ou cytolytique. Dans ces
réactions immunes, les anticorps sont libres dans le
sérum alors que l’antigène est
fixé à la surface de certaines cellules ou est un
composant de la membrane cellulaire elle-même.
Quand les anticorps réagissent avec
l’antigène, il se produit une activation du
complément qui aboutit à la
détérioration de la cellule et même
à sa lyse . Les maladies relevant de ce
mécanisme sont essentiellement les accidents de transfusion
incompatible, la maladie hémolytique du
nouveau-né, les cytopénies
médicamenteuses et les maladies auto-immunes, comme par
exemple l’anémie pernicieuse ou encore la maladie
d’Addison. C.
L’hypersensibilité de type III : Ces réactions
sont dues à des anticorps circulants, les
précipitines qui appartiennent à la classe des Ig
G. Le système complémentaire est
activé quand ces anticorps réagissent avec des
antigènes pour produire un complexe
antigène-anticorps. Cette activation du
complément entraîne une accumulation de
polynucléaires et une libération
d’histamine, et aboutit à des lésions
tissulaires analogues à celles du
phénomène d’Arthus. Ces réactions sont semi-retardées (>
6 heures). D.
L’hypersensibilité de type IV : Celle-ci se
différencie des 3 autres en ce sens qu’elles ne
sont pas produites par des anticorps mais par des cellules
immuno-compétentes, les lymphocytes. Ces
réactions se caractérisent aussi par le
délai de 24 à 72 heures nécessaire
à l’apparition des manifestations après
la réintroduction de
l’antigène : d’où le
nom d’hypersensibilité retardée
à médiation cellulaire. De ce fait, cette
hypersensibilité n’est pas transmissible par
injection de sérum mais uniquement par injection de cellules
vivantes, essentiellement des lymphocytes T. Les réactions
de type IV entraînent des lésions tissulaires
inflammatoires avec infiltration de cellules
mononucléées (lymphocytes et macrophages). La
réaction inflammatoire peut conduire à des
lésions tissulaires irréversibles.
Remarque : n’importe quel
sujet peut développer une hypersensibilité
retardée ! Pumphrey a
représenté et illustré ces 4 types
d’hypersensibilité sous forme de tableau (cf.
tableau 1) : Tableau 1 :
Classification des hypersensibilités
| | synonyme | mécanisme | exemple | | Type I | type
immédiat | IgE sur des mastocytes et des
basophiles | rhume des foins |
| Type II |
(hémolytique) | anticorps
réagissant avec des antigènes à la
surface des cellules | anémie
hémolytique | | Type III | complexe
immun | complexes antigènes/anticorps
activant une inflammation secondaire | certains
types d'arthrite et de maladies rénales |
| Type IV | type
retardé | lymphocytes |
lésions provoquées par la tuberculose
dans les poumons |
Source : Richard S.H. Pumphrey, «
Introduction to food allergy and food intolerance », Food
Allergy and Intolerance - A Journal for the World Food Industry,
Leatherhead Food RA Publishing, Volume 1, Issue 1, 2000, pages 4-20.
Le tableau 2 fait ressortir les
caractéristiques différentielles des
réactions d’hypersensibilité :
TABLEAU 2 : Principales
caractéristiques différentielles des
réactions d’hypersensibilité selon Gell
et Coombs | Hypersensibilités | Type I | Type II | Type III | Type IV |
| Apparition des symptômes |
immédiate |
immédiate |
immédiate |
retardée | | Déroulement de la
réaction | humorale (Ig E)
dégranulation des basophiles et des
mastocytes libération
d’amines vasoactives et autres médiateurs | humorale(Ig G, Ig M +
complément) |
humorale(Ig G, Ig M + complément)
précipitation des complexes immuns
activation du complément suivie de
l’attraction des neutrophiles activation du complément suivie de
l’attraction des neutrophiles | cellulaire activation des lymphocytes T sensibilisés
production de lymphokines
| | Manifestations | modifications
vasculaires, hypotension, contraction des muscles lisses,choc
anaphylactique | cytolyse |
lésions tissulaires causées par les
enzymes lysosomiales |
attraction et immobilisation des macrophages
| Source : Regnault J.-P., « Agression et
défense du corps humain », Vigot, Paris, 1992,
page 231.
Classification
européenne :
L’Académie Européenne de
l’Allergie et de l’Immunologie Clinique a
présenté un document de
référence (Position Paper of the European Academy
of Allergy and Clinical Immunology – EAACI - Subcommittee on
Adverse Reactions to Food) avec une classification pour les
réactions adverses (défavorables) aux aliments,
développé sur base d’un manuel
Américain (« Adverse reactions to food »
- American Academy of Allergy and Clinical Immunology - 1984). En voici
le principe général : Les
réactions adverses ou défavorables aux aliments
sont de deux types : toxiques et non toxiques.
A. Les réactions alimentaires
toxiques :
Elles atteignent toute personne qui ingère une
quantité suffisante (seuil de non-toxicité
dépassé) d’un aliment contenant une ou
plusieurs substances potentiellement dangereuses lorsqu’elles
sont absorbées. Ces substances peuvent être
naturellement présentes dans la denrée
alimentaire (cyanure, atropine, amines vasopressives, solanine,
aflatoxines,…) ou être ajoutées dans
celle-ci durant sa manipulation ou sa transformation (artisanale ou
industrielle) (contaminants – bactéries,
moisissures, métaux lourds, pesticides,… -
additifs). La toxicité alimentaire atteint
principalement le système nerveux central (maux de
tête, hallucinations, incohérence, convulsions),
le foie et le sang. B. Les
réactions alimentaires non toxiques :
Ces réactions sont
dues à une sensibilité individuelle à
certains aliments, c’est-à-dire que seuls des
sujets prédisposés seront
touchés ! On distingue parmi celles-ci les
réactions immunologiques (médiées par
l’immunité) et les réactions non
immunologiques (non médiées par
l’immunité). Les réactions
immunologiques : On utilise couramment le terme
« allergie alimentaire » lorsque
l’on parle des réactions
médiées par
l’immunité. L’allergie
alimentaire correspond le plus souvent à des manifestations
cliniques provoquées par l’intervention des
anticorps de classe Ig E (Immunoglobuline E) à la suite de
l’ingestion d’un allergène
alimentaire.
- D’autres mécanismes ont
été invoqués, impliquant
l’intervention :
- d’immunoglobulines autres que les Ig E (le plus souvent, ce
sont des Ig G spécifiques),
- de complexes
immuns,
- d’une immunité à
médiation cellulaire dirigée contre les
aliments.
Les
réactions médiées par les
immunoglobulines E (Ig E) : La réaction de type I,
médiée par les Ig E spécifiques, est
la plus fréquente, la mieux connue et la plus facile
à diagnostiquer. Elle implique la présence, dans
le sang, d’anticorps Ig E spécifiques à
une substance ou un aliment. Cependant, une allergie
médiée par les Ig E ne peut être
clairement diagnostiquée que lorsque la relation entre
l’ingestion d’un aliment particulier et
l’apparition de symptômes est bien
établie ! Pour exclure les facteurs psychologiques
et les
« préjugés »
des médecins et des patients, la meilleure façon
de diagnostiquer une allergie alimentaire est d’employer un
test de provocation en double aveugle, contrôlé
par placebo (DBPCFC – double-blind placebo-controlled food
Challenge). Les
symptômes de l’allergie alimentaire sont
très variés : l’anaphylaxie
(voir page 50) (parfois anaphylaxie d’effort), les
manifestations cutanées (urticaire et
angio-œdème, dermatite atopique, dermatite de
contact,…), les manifestations respiratoires (rhinite,
œdème laryngé, asthme,…),
les troubles gastro-intestinaux (syndrome allergique oral, coliques
infantiles, nausées, vomissements, diarrhées,
douleurs abdominales,…) et, d’une
manière moins évidente, les manifestations
neurologiques (hyperactivité, dépression,
migraine). Les réactions non
médiées par les immunoglobulines E (Ig
E) : Comme nous
l’avons précédemment cité,
les allergies alimentaires sont la conséquence
d’une réponse immune pouvant mettre en cause des
Ig autres que les Ig E (type II), des complexes immuns (type III) ou la
médiation cellulaire (type IV). Ces mécanismes
peuvent intervenir isolément ou être
associés. Remarques : - Des Ig G4 spécifiques sont
fréquemment présents chez les patients
présentant des réactions défavorables
aux aliments, mais ces anticorps sont aussi souvent
détectés chez les sujets normaux ou chez des
patients souffrant d'une pathologie intestinale inflammatoire.
De plus, leur rôle pathogénique n’a pas
été démontré !
Leur présence est probablement la conséquence
d’une exposition prolongée à des
antigènes ubiquitaires.
- Des complexes
immuns Ig G et Ig E ont été découverts
chez des patients trophallergiques souffrant d’asthme et
d’eczéma, mais leurs rôles
pathophysiologiques ont rarement été
démontrés de façon claire et
évidente !
- La maladie
coeliaque s’exprimerait par une allergie alimentaire par
médiation cellulaire dirigée contre la gliadine
(prolamine contenue dans le gluten). Il semblerait que les lymphocytes
T soient impliqués dans la pathogénèse
de cette maladie, bien qu’il n’existe aucune preuve
concrète que ces mécanismes immuns en soient la
cause directe.
Une représentation
d’une variante TCR (« T cell
receptor ») des lymphocytes présents dans
la muqueuse intestinale a été trouvée,
suggérant un rôle pour ces cellules dans la
maladie. Certaines expériences ont montré que les
dégâts intestinaux provoqués par
l’immunité sont semblables à ceux
provoqués dans la muqueuse intestinale par les
réactions de rejet de greffe. De même,
le rôle des anticorps antigliadine Ig A et Ig G
n’est pas encore clairement démontré.
Une représentation
d’une variante TCR (« T cell receptor »)
des lymphocytes présents dans la muqueuse intestinale a
été trouvée, suggérant un
rôle pour ces cellules dans la maladie. Certaines
expériences ont montré que les
dégâts intestinaux provoqués par
l’immunité sont semblables à ceux
provoqués dans la muqueuse intestinale par les
réactions de rejet de greffe. De même, le
rôle des anticorps antigliadine Ig A et Ig G n’est
pas encore clairement démontré.
Les réactions non immunologiques
: - Celles-ci sont
regroupées sous le terme « intolérances
alimentaires » et sont de trois types :
- enzymatiques,
- pharmacologiques,
- indéfinissables.
Les intolérances alimentaires enzymatiques
: Elles atteignent les personnes
présentant un déficit enzymatique, provoquant des
réactions défavorables à certains
aliments ou additifs alimentaires. - Les déficiences enzymatiques
les plus courantes concernent :
- les
disaccharidases (lactase, sucrase),
- la
galactose–1-phosphate-uridyl-transférase, ou
encore l’uridine
diphosphate-4-épimérase (?
galactosémie),
- la
phénylalanine hydroxylase
(->phénylcétonurie),
- l’aldéhyde
déhydrogénase (-> intolérance
à l’alcool),
- la
glucose-6-phospho-déhydrogénase (G6PD) (?
favisme),
- la diamine-oxydase (?
intolérance probable aux aliments contenant de
l’histamine).
A l’exception de la
déficience en lactase, les intolérances
alimentaires enzymatiques sont rares. Les intolérances alimentaires
pharmacologiques :
- Les principales substances responsables de ce type
d’intolérance sont :
- les
amines vasoactives telles que l’histamine (dans les aliments
fermentés, les boissons alcoolisées, le poisson
en conserve, la choucroute, le thon, la saucisse,…),
l’octopamine, la phényléphrine, la
tyramine (dans le raisin, les pommes de terre, le chou), la
phényléthylamine (dans le chocolat), la
tryptamine (dans la tomate), la 5-hydroxytryptamine (dans la banane et
l’avocat), la spermidine (dans le porc et les germes de
céréales);
- les aliments
histaminolibérateurs comme le blanc
d’œuf, les mollusques et crustacés, les
fraises, les tomates, le chocolat, les agrumes, le poisson et le porc :
des facteurs présents dans les denrées
alimentaires peuvent provoquer des réactions
pharmacologiques indirectes lors de leur libération
(prolamine, peptides basiques, diamines et polyamines, peptones)
;
- les additifs alimentaires.
Les intolérances
alimentaires indéfinissables : Certaines réactions sont dites
indéfinissables car leur mécanisme
d’action n’a pas encore été
totalement élucidé. On reprend dans ce groupe les
réactions adverses aux additifs. Remarque : il convient de
mentionner l’aversion alimentaire non reprise dans la
classification de l’EAACI étant donné
que c’est une réaction psychosomatique ne
dépendant pas réellement de l’aliment
mais étant reliée à un trouble mental
primaire. De plus, c’est une réaction non
reproductible lorsque l’aliment incriminé est
présenté sous une autre forme. En
réalité, un grand nombre de personnes,
s’imaginant être allergiques, appartiennent
à cette catégorie, et continuent
d’éviter l’aliment responsable de leurs
troubles sans suivi diététique, ce qui peut
parfois engendrer des conséquences nutritionnelles
néfastes (carences alimentaires) !
En 2001, l’EAACI a publié une révision
de la nomenclature dont voici les points essentiels : le mot
« hypersensibilité » doit être
utilisé comme terme parapluie ; le mot « allergie
» doit être réservé pour les
réactions cliniques dans lesquelles un mécanisme
immunologique est prouvé ou fortement impliqué.
L’EAACI a également proposé que le
terme « atopie » soit utilisé pour
décrire une tendance familiale ou personnelle à
développer des IgE spécifiques aux
allergènes environnementaux, et à souffrir de
symptômes allergiques typiques. Le schéma suivant
illustre les différents aspects de
l’hypersensibilité :
L’hypersensibilité
provoque des symptômes ou des signes, reproductibles
objectivement, dus à l’exposition à une
dose définie d’un stimulus
toléré chez les sujets normaux. Cette
définition n’implique pas les réponses
classiques aux infections, à
l’auto-immunité ou aux réactions
toxiques. Il est important d’insister sur le fait que les
réactions d’hypersensibilité sont
reproductibles dans le sens qu’il existe des preuves
raisonnables d’histoire, d’examen ou de recherche
d’un lien entre les symptômes et les facteurs
environnementaux pour lesquels les patients attribuent leurs
symptômes. Dans ce contexte, « reproductible
» ne signifie pas, par exemple, qu’un test de
provocation alimentaire doit être positif à chaque
fois. Bien plus, l’hypersensibilité doit
être distinguée de
l’hyperréactivité, qui est une
réponse normale exagérée à
un stimulus. L’EAACI propose d’utiliser
l’expression « hypersensibilité
non-allergique » lorsque des mécanismes
immunologiques ne peuvent pas être prouvés, comme
dans l’hypersensibilité à
l’aspirine. L’atopie
est une tendance personnelle ou familiale à produire des IgE
en réponse à de faibles doses
d’allergènes, habituellement des
protéines, et à développer des
symptômes typiques tels que l’asthme, la
rhinoconjonctivite ou l’eczéma/dermatite. Le terme
« atopie » ou « atopique »
devrait être réservé pour
décrire ces aspects cliniques et une
prédisposition, et non pour décrire les maladies.
Ni un prick test cutané positif, ni la présence
d’anticorps IgE ne sont des critères
d’atopie.
L’allergie est une
réaction d’hypersensibilité induite par
des mécanismes immunologiques. L’allergie peut
être médiée par des anticorps ou des
cellules. Chez la plupart des patients, les anticorps typiquement
responsables d’une réaction allergique sont de
type IgE et ces patients sont dits souffrir d’allergie
médiée par IgE. Dans l’allergie non
médiée par IgE, les anticorps peuvent
être de type IgG (cf. Classification de Gell et Coombs
– types II et III). L’inhalation de grandes
quantités de protéines comme dans les
moisissures, la poussière… stimule le
système immunitaire et produit des anticorps principalement
de type IgG, IgA et IgM. Il existe une relation entre le
degré d’exposition et la concentration en
anticorps. Certaines personnes qui inhalent de grandes
quantités de moisissures ont un taux d’IgG
élevé. L’EAACI propose que les
allergies non médiées par les IgE soient
divisées en 2 groupes : celles qui sont
médiées par des anticorps autres que les IgE et
celles dont la réponse cellulaire est
prédominante. Les
allergènes sont des antigènes stimulant
l’hypersensibilité médiée
par un mécanisme immunologique. La plupart des
allergènes réagissant avec les IgE et les IgG
sont des glycoprotéines, mais il s’agit parfois
d’hydrates de carbone purs. On parle d’hypersensibilité
alimentaire pour décrire une réaction adverse aux
aliments. Lorsque des mécanismes immunologiques ont
été démontrés, le terme
approprié est « allergie alimentaire ».
Toutes les autres réactions, correspondant aux
intolérances alimentaires, devraient être reprises
sous la dénomination « hypersensibilité
alimentaire non allergique ». Classifications du Codex Alimentarius et de la
FAO/OMS : A. Introduction
: Dans un document codex
préparé par la Norvège en 1993 et
relatif à l’examen de
l’étiquetage des allergènes potentiels
dans les aliments, on ne trouve pas de classification bien
spécifique. Les seules informations
récoltées concernent plutôt les
terminologies employées. En effet, au lieu
d’utiliser le terme collectif réactions adverses
aux aliments pour indiquer à la fois l’allergie et
l’intolérance / la pseudo-allergie, la Commission
du Codex Alimentarius préfère employer le mot
hypersensibilités. En 1999, Taylor (USA) a
développé une classification surtout
utilisée en Amérique du Nord et
publiée dans un document FAO (ALICOM 99/15) : Une
sensibilité alimentaire est une réaction
physiologique anormale à un aliment particulier. Ce
même aliment peut être absorbé sans
risque par la vaste majorité des consommateurs. Ces
sensibilités alimentaires peuvent être
divisées en deux catégories principales : les
allergies alimentaires et les intolérances alimentaires.
Les allergies alimentaires sont
des réactions anormales du système immunitaire
à certains composants des aliments. Les
allergènes présents dans les aliments sont
généralement des protéines naturelles.
Les véritables allergies alimentaires peuvent être
encore divisées en deux catégories : les
réactions d’hypersensibilité
immédiate et les réactions
d’hypersensibilité retardée.
Comme les véritables allergies
alimentaires, les intolérances alimentaires affectent un
nombre limité de personnes. Elles peuvent être
définies comme toute forme de sensibilité
alimentaire qui ne met pas en jeu de mécanismes
immunologiques. Il existe trois grandes catégories
d’intolérances alimentaires : les troubles dus au
métabolisme des aliments, les réactions
anaphylactoïdes et les réactions idiosyncrasiques.
B. Les sensibilités
alimentaires : Les allergies alimentaires :
L’hypersensibilité
immédiate : Celle-ci
correspond à la réaction de type I de Gell et
Coombs. En résumé, l’exposition
à certains allergènes alimentaires particuliers
déclenche la formation d’anticorps Ig E
spécifiques par les cellules B qui existent dans de nombreux
tissus notamment les voies gastro-intestinales. Les anticorps Ig E se
fixent sur les mastocytes dans différents tissus et sur les
basophiles dans le sang. A ce point, l’individu
affecté est sensibilisé à
l’aliment particulier mais aucune réaction
allergique ne s’est encore manifestée.
Lors d’une exposition
ultérieure à la substance allergisante
présente dans l’aliment agresseur,
l’allergène interagit avec les anticorps Ig E
spécifiques sur la surface du mastocyte ou du basophile
stimulant la libération d’une multitude de
médiateurs de la réponse allergique dans les
tissus et dans le sang. L’hypersensibilité
retardée : Les
réactions d’hypersensibilité
retardée sont médiées par les cellules
immunitaires liées aux tissus. La maladie coeliaque est le
seul exemple décrit de manière
détaillée d’une réaction
d’hypersensibilité retardée
à des aliments. Cette maladie résulte
d’une réponse anormale des lymphocytes T dans
l’intestin grêle au gluten. Un processus
inflammatoire se développe et endommage
l’épithélium absorbant de
l’intestin grêle. La lésion tissulaire
se situe au niveau de l’intestin grêle mais la
perturbation du processus d’absorption affecte de nombreuses
autres fonctions physiologiques. Les
intolérances alimentaires : Les troubles dus au métabolisme des
aliments : Ceux-ci proviennent
d’anomalies dans la capacité de
métaboliser un composant alimentaire. Il s’agit
souvent d’anomalies acquises
génétiquement. Les meilleurs exemples de troubles
alimentaires métaboliques liés à des
aliments sont l’intolérance au lactose et le
favisme (intolérance à la consommation de
fèves ou à l’inhalation du pollen de la
plante Vicia fava). Les
réactions anaphylactoïdes : Elles sont dues à la
présence de substances dans les aliments qui conduisent
à la libération non immunologique de
médiateurs chimiques provenant des mastocytes. Les
médiateurs chimiques sont les mêmes que dans les
allergies médiées par l’Ig E mais le
mécanisme ne fait pas intervenir les anticorps Ig E. Il
n’existe que des preuves circonstancielles à
l’appui de l’implication de ce mécanisme
dans les sensibilités alimentaires. On suppose que certaines
substances chimiques d’origine alimentaire sont capables de
déstabiliser les membranes des mastocytes et permettent la
libération spontanée de l’histamine et
d’autres médiateurs. Cependant, aucune de ces
substances capables de libérer l’histamine
n’a été identifiée.
Les réactions
idiosyncrasiques : Ce sont des
réactions graves provoquées par des aliments chez
certains individus selon un mécanisme que l’on
ignore. Dans quelques cas, le rôle des aliments dans un type
spécifique de réaction idiosyncrasique est
appuyé par une documentation
détaillée. L’asthme induit par les
sulfites est un bon exemple d’une idiosyncrasie alimentaire
bien établie. Autre
: L’empoisonnement à
l’histamine : Celui-ci
n’est pas une réelle sensibilité
alimentaire car elle peut affecter toutes les personnes et
résulte de l’ingestion d’aliments
contenant de fortes quantités d’histamine. La
confusion provient de ce que l’empoisonnement à
l’histamine déclenche des symptômes de
type allergique.
Classification de Metcalfe
: Selon ce scientifique,
l’allergie alimentaire (ou hypersensibilité) est
une réaction anormale résultant de
réponses immunologiques accrues à des
composés glycoprotéiques présents dans
les aliments. Le terme intolérance alimentaire est souvent
appliqué à une réponse anormale
à un aliment ingéré.
L’intolérance alimentaire peut aussi
résulter des propriétés toxiques ou
pharmacologiques d’un aliment, ou bien elle peut
représenter une réponse métabolique
anormale de l’hôte à un composant
alimentaire. L’hypersensibilité alimentaire peut
être divisée en deux sous-groupes
généraux basés sur les
mécanismes immunologiques présumés
impliqués : les réponses liées aux Ig
E spécifiques (réactions immédiates)
et les réponses immunologiques non
médiées par les Ig E (réactions
retardées). En voici le principe global :
Classification
française:
Moneret-Vautrin, après de nombreuses observations cliniques,
a classé les pathologies alimentaires en quantitatives et
qualitatives parmi lesquelles nous retrouvons les réactions
immunes et non immunes :
A. Les
pathologies alimentaires quantitatives :
Ce sont les maladies
induites par les excès ou les carences alimentaires.
B. Les pathologies alimentaires
qualitatives : Celles-ci
comprennent la toxicité, les intolérances
alimentaires enzymatiques, ainsi que les réactions immunes
(= allergies alimentaires) et non immunes (= fausses allergies
alimentaires ou réactions
pseudo-allergiques).
La toxicité alimentaire
: cf. plus haut - Elle
peut être de quatre types :
- Aiguë : certains champignons peuvent être
responsables d’intoxications dont la plupart (40 %)
nécessitent une hospitalisation, le plus souvent de 24
heures, s’il s’agit d’un syndrome
résinoïdien (douleurs violentes,
nausées, vomissements, diarrhées, possible
déshydratation) ou muscarinien
(hypersécrétions, troubles digestifs, myosis et
bradycardie), durable s’il s’agit d’un
syndrome proximien (avec insuffisance rénale) ou
phalloïdien (avec hépatotoxicité). (cf.
tableau 3)
Tableau 3 : Illustration
des intoxications par les champignons
| Syndrome |
Champignon causal | Confondu avec |
| Résinoïdien (digestif) |
Pleurote de l'olivier Agarics
jaunissants Bolets de Satan | Grosses
girolles Rosés des prés
Cèpes comestibles |
| Muscarinique(digestif +
hypersécrétion) | Genre
Inocybe et Clitocybe | Mousserons ou
grisets |
| Atropinique | Amanites
panthères Amanites tue-mouches |
|
| Coprinien(réaction antabuse) |
Coprins + alcool | |
| Proximien (insuffisance
rénale) | Amanita proxima |
|
| Phalloïdien (hépatite toxique) |
Amanites phalloïdes |
|
Source : De Haro L.,
« Intoxications par champignons »,
Alim’Inter, le journal de l’allergie alimentaire,
CICBAA, volume 5, n° 27, novembre 2000, p 21.
- A long terme : la consommation fréquente de fruits
tropicaux, ou d’infusions à partir des fruits de
la famille des Annonacées (Annona muricata –
corossol épineux, Annona squamosa – pomme
cannelle, Annona reticulata – cœur de
bœuf) peut induire à longue
échéance un faux Parkinson (les
symptômes sont identiques à ceux
rencontrés dans la maladie de Parkinson mais des examens
cliniques prouvent qu’il ne s’agit pas de cette
pathologie). Ces fruits sont couramment consommés en raison
de leurs propriétés sédatives (et pour
certains, aphrodisiaques ou purgatifs…) malgré
leur neurotoxicité. Après la cessation de ces
consommations, l’état
général des patients
s’améliore de manière plus ou moins
rapide !
- Carcinogénique : les dioxines
et leurs apparentés : les dibenzofuranes
polychlorinées (PCDF) et les dibenzo-p-dioxines (PCDD) sont,
parmi les agents chimiques fabriqués par
l’industrie,les plus puissants carcinogènes
reconnus. Ils sont présents dans tout
l’environnement et si la concentration peut en être
estimée basse, elle est modifiée tout au long de
la chaîne alimentaire, passant du sol aux poissons, ou aux
aliments pour animaux, de là aux produits carnés
et laitages, pour atteindre un maximum chez l’homme.
C’est pourquoi un groupe de travail multi-disciplinaire de
l’Union Européenne a proposé de limiter
les taux de PCDD/F de l’alimentation animale (pour poulets et
porcs) à un taux tel (2 pg d’ET/g
d’aliment animal), que le consommateur, consommant
jusqu’à 300 g de viande par jour, ne pourrait
dépasser une DJA (dose journalière admissible) de
4 pg d’équivalent toxique par kilo de poids. Cette
DJA a été fixée en 1998 par
l’OMS.
- Due à la
mutagénèse : l’ajout d’un
gène nouveau dans une plante peut provoquer une perturbation
non désirée de son métabolisme :
l’insertion du transgène (on parle de «
mutagénèse insertionnelle ») peut
rendre d’autres gènes inactifs, ou au contraire
stimuler le fonctionnement de certains autres gènes. Un
risque toxicologique peut apparaître lorsque la
transgénèse conduit à la production de
substances toxiques nouvelles ou à la stimulation de la
production des toxines naturellement présentes mais en
faible quantité dans les aliments traditionnels, comme
c’est le cas de la solanine de la pomme de terre ou encore de
l’acide érucique du colza.
Les fausses allergies alimentaires
: Celles-ci miment cliniquement
les réactions allergiques mais ne répondent pas
à un mécanisme immunitaire. Les fausses allergies
alimentaires peuvent être classées en trois
groupes : Les intolérances
aux amines biogènes : Les amines biogènes peuvent
être responsables d’accidents toxiques.
L’histamine présente en quantité
excessive dans certains aliments est incriminée dans la
genèse de ces accidents toxiques. Le poisson en particulier
peut être riche en histamine si le circuit de distribution
commerciale ne livre pas un poisson parfaitement frais.
L’histamine résiste à de hautes
températures, si bien qu’elle ne peut
être détruite par la cuisson. Physiologiquement,
il existe des systèmes de neutralisation et de catabolisme
de l’histamine et des amines biogènes
très efficaces au niveau du tube digestif. L’intoxication par la tyramine a
été décrite chez les patients sous
traitement par inhibiteurs de la monoamine-oxydase lors de
l’ingestion de fromage du fait du blocage de la
dégradation enzymatique normale de cette amine.
Les sujets présentant une fausse
allergie alimentaire se caractérisent par une anormale
susceptibilité vis-à-vis d’amines
biogènes à des doses parfaitement
tolérées par le sujet normal. Les accidents liés à la
libération non immunologique par les mastocytes muqueux
intestinaux de médiateurs chimiques : L’ingestion de certains aliments peut
entraîner des accidents pseudo-allergiques par
histaminolibération non spécifique. La fraise est
certainement le fruit le plus incriminé. Le chocolat, le
blanc d’œuf et plus particulièrement
l’ovomucoïde sont histaminolibérateurs.
Les crustacés (crevette), le poisson, le porc, la tomate le
sont également. Certains fruits exotiques comme l’ananas et la papaye contiennent
des protéases (broméline et papaïne) qui
sont histaminolibératrices. Les pois, le soja, les haricots,
les lentilles, les fèves, l’arachide, les noix,
les céréales… contiennent des lectines
pouvant provoquer une histaminolibération non
spécifique. Les accidents
répondant à d’autres
mécanismes :
- Ce groupe de pseudo-allergie alimentaire est en relation avec
des mécanismes variés, souvent mal connus
:
- Interférence avec les voies
métaboliques de l’acide arachidonique : Certaines
substances comme les métabisulfites, l’acide
benzoïque, les colorants azoïques,…
pourraient agir en interférant avec le
métabolisme de l’acide arachidonique.
- Interférence avec les processus de
neurotransmission : Ces interférences peuvent se situer au
niveau du système nerveux central ou
périphérique. Le syndrome du restaurant chinois
est lié à l’interférence du
glutamate avec la synthèse de neurotransmetteurs. Le
glutamate de sodium serait susceptible
d’interférer avec les neurones glutamergiques
comme avec les neurones inhibiteurs GABAergiques, l’acide
glutamique étant le précurseur de
l’acide gamma-aminobutyrique. L’acide glutamique et
le sodium sont également les précurseurs de
synthèse de l’acétylcholine. De fortes
doses de glutamate pourraient favoriser une synthèse
excessive d’acétylcholine. Les
métabisulfites peuvent induire la stimulation des
récepteurs d’irritation
épithéliaux bronchiques. Ils libèrent
de l’anhydride sulfureux en milieu acide qui induit un
réflexe vagal, provoquant chez certains asthmatiques une
bronchoconstriction immédiate.
- Perturbations des activités enzymatiques : Les
phénomènes d’inhibition enzymatique
auront probablement une part croissante dans la
physiopathogénie des réactions adverses aux
aliments. Ainsi on a postulé le rôle
d’antioxydants comme le nitrite de sodium, la vanilline, le
butylhydroxytoluène (BHT) et le butylhydroxyanisole (BHA)
comme étant des inhibiteurs de la diamine-oxydase. Ces
substances peuvent interférer de cette façon avec
le métabolisme de l’histamine. Certains additifs
(métabisulfites) peuvent exercer des actions
pharmacologiques excessives en raison d’un déficit
enzymatique préexistant.
Classification anglaise
: La British Nutrition Foundation
utilise un terme général pour couvrir
à la fois l’aversion alimentaire,
l’intolérance alimentaire et les intoxications
alimentaires, à savoir les réactions adverses
(défavorables) aux aliments : L’intolérance alimentaire est
une appellation collective qui se réfère aux
réactions désagréables, reproductibles
et non psychologiques à un aliment ou un
ingrédient particulier. L’allergie alimentaire est
un type spécifique d’intolérance
où il existe une réaction immunologique anormale.
D’autres types d’intolérances incluent
les déficits enzymatiques, dont la plus courante est la
déficience en lactase, et les réactions
pharmacologiques, comme par exemple à l’histamine
ou à d’autres amines vasoactives
présentes dans les aliments.
L’intolérance psychologique et le rejet
alimentaire constituant les aversions alimentaires sont
caractérisés par des émotions
associées à un aliment plutôt
qu’à ses constituants per se,
c’est-à-dire qu’il n’y aura
aucun symptôme si l’aliment incriminé
est consommé sous forme cachée !
L’intoxication alimentaire est
généralement le résultat
d’une contamination de l’aliment par des
microorganismes pathogènes. Elle peut également
résulter de la consommation d’aliments
contaminés par des substances chimiques, comme par exemple
les métaux lourds, ou par des toxines. Conclusion et proposition de classification
: D’une
manière générale, nous avons pu
constater qu’il existe plusieurs synonymes pouvant
s’appliquer aux réactions adverses
(défavorables, contraires, hostiles, néfastes,
indésirables) aux aliments (Commission Européenne
et British Nutrition Foundation) : Metcalfe parle
d’intolérances alimentaires, Taylor
préfère utiliser l’expression
sensibilité alimentaire, la Commission du Codex Alimentarius
emploie les mots hypersensibilités alimentaires et
Moneret-Vautrin, quant à elle, préfère
rester plus générale en faisant usage de
l’expression pathologies alimentaires. Lorsque nous passons en revue les
différentes classifications étudiées,
nous constatons que la classification de Gell et Coombs tient
uniquement compte des allergies (hypersensibilités)
alimentaires et ne s’intéresse pas du tout aux
intolérances alimentaires ainsi qu’aux troubles
psychologiques pouvant être provoqués par un (des)
aliment(s) particulier(s). De plus, les deux scientifiques ont
estimé, à leur époque et
d’après leurs observations, que les
hypersensibilités de types I, II et III étaient
immédiates et que l’hypersensibilité de
type IV était retardée. Metcalfe et Taylor sont
d’accord pour affirmer que
l’hypersensibilité de type I est
immédiate mais le
premier affirme que les réactions
d’hypersensibilités de types II, III et IV sont
retardées tandis que le second est plus nébuleux
en ne prenant pour exemple que la maladie cœliaque !
La classification
européenne est nettement plus complète ;
cependant, la dimension psychologique des réactions dues
à un (des) aliment(s) est écartée car
l’EAACI estime que ce type de réactions
n’est pas directement lié à
l’aliment mais plutôt à un trouble
mental primaire !… Nous
disposons d’assez peu de renseignements concernant la
classification rencontrée dans le document codex
préparé par la Norvège en 1993 ;
toutefois, l’information essentielle qui ressort de ce
dossier est que l’on utilise le terme
hypersensibilités pour indiquer à la fois
l’allergie et l’intolérance alimentaire
aussi dénommée pseudo-allergie. Ce qui peut
paraître illogique, c’est que la
dénomination hypersensibilités est plus
généralement utilisée pour
désigner uniquement les réactions immunologiques,
c’est-à-dire les allergies alimentaires.
La classification de Taylor est peu
détaillée. Comme nous l’avons
déjà mentionné, ce scientifique
utilise le terme sensibilité alimentaire pour indiquer une
réaction physiologique anormale à un aliment
particulier, celui-ci pouvant être absorbé sans
risque par la majorité des consommateurs. Cette
définition exclut donc les aversions alimentaires ainsi que
les réactions toxiques ! De plus, selon Taylor, il existe
deux types d’hypersensibilité :
immédiate (induite par les Ig E) et retardée.
Malheureusement, il ne stipule pas clairement à quel(s)
type(s) d’hypersensibilité cette
dernière correspond. On peut malgré tout
sous-entendre qu’elle recouvre les types II, III et IV. Au
niveau des intolérances alimentaires, les troubles dus au
métabolisme des aliments, les réactions
anaphylactoïdes et l’empoisonnement à
l’histamine, ainsi que les réactions
idiosyncrasiques correspondent respectivement aux
intolérances alimentaires enzymatiques, pharmacologiques et
indéfinissables, décrites par l’EAACI.
Néanmoins, Taylor estime que l’empoisonnement
à l’histamine est une réaction toxique
! La classification de Metcalfe est
légèrement simpliste et peu
détaillée. Encore une fois, toute la dimension
psychologique a été «
oubliée ». D’autre part, Metcalfe cite
différentes intolérances alimentaires parmi
lesquelles il inclut les réactions alimentaires toxiques
mais en ne mentionnant pas les intolérances alimentaires non
définies. Hormis la
terminologie générale de base employée
par Moneret-Vautrin pour désigner les réactions
adverses aux aliments, le fait le plus marquant de la classification
française est qu’elle exclut les
réactions alimentaires enzymatiques des réactions
non immunologiques. Par ailleurs, ces dernières,
également appelées fausses allergies alimentaires
(ou pseudo-allergies), englobent à la fois les
intolérances alimentaires pharmacologiques et les
intolérances alimentaires indéfinissables :
intolérances aux amines biogènes, accidents
liés à la libération non immunologique
par les mastocytes muqueux intestinaux de médiateurs
chimiques, accidents répondant à
d’autres mécanismes. Remarquons ici que le terme
pseudo-allergie utilisé en France recouvre uniquement les
intolérances alimentaires pharmacologiques et
indéfinissables, contrairement au même mot
employé par la Commission du Codex, qui intègre
toutes les intolérances alimentaires (enzymatiques,
pharmacologiques et indéfinissables). Nous pouvons constater que la British Nutrition
Foundation est la seule à insérer les aversions
alimentaires dans sa classification. Cependant, contrairement
à la classification de Metcalfe (mais comme la
classification européenne), elle utilise le terme
intolérance alimentaire pour désigner les
réactions non toxiques (et non
psychologiques).
Finalement, sur base de toutes nos
investigations, nous avons établi notre propre
classification dans un souci d’exhaustivité et de
plus grande clarté. Le canevas général
ressemble très fort à la classification
européenne. Nous y avons toutefois introduit la dimension
psychologique manquante car certains individus peuvent
développer des réactions de rejet rien
qu’en voyant ou en sentant l’aliment
incriminé ! Ainsi, les aversions alimentaires sont bien des
réactions défavorables vis-à-vis
d’un ou de plusieurs aliment(s).
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