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Cahier technique - présentation

A la demande du SPF-SP (Ministère du Service Public Fédéral Santé Publique, Sécutité de la Chaîne Alimentaire et Environnement) et des professionnels de la santé, le CIRIHA a élaboré un "Cahier Technique" relatif aux hypersensibilités (allergies/intolérances) alimentaires destiné aux professionnels de la santé. Ce document est un recueil d'informations issues de nos recherches bibliographiques et de notre expérience. La table des matières ci-dessous vous donne un aperçu de son contenu. Vous serez bien entendu averti régulièrement des ajouts et mises à jour effectuées.



A.Symptomatologie des allergies

Les symptômes liés aux allergies sont variables et peuvent toucher différentes parties du corps :

Les symptômes cutanéo-muqueux


La conjonctivite

Elle accompagne souvent la rhinite. La conjonctivite se subdivise en différents sous-groupes :


On peut également parler de conjonctivite allergique intermittente et conjonctivite allergique persistante, comme pour la rhinite (voir § relatif à la rhinite). Le plus souvent, la rhinite s‘associe à une conjonctivite, on parle alors de rhino-conjonctivite.

Les maladies de la peau

Les principales manifestations cutanées provoquées par les allergies sont : l’urticaire, l’angio-œdème, l’eczéma/dermatite de contact, l’eczéma/dermatite atopique et les éruptions exanthémateuses.

Certains auteurs préfèrent parler de dermatite dans les cas les plus aigus et d’eczéma dans les formes plus chroniques.

La dermatite atopique est une inflammation cutanée chronique. Elle est caractérisée par du prurit localisé aux plis de flexion des membres, quelquefois à la face, au tronc et aux mains.1

L’urticaire est une réaction cutanée constituée de papules œdémateuses palpables, identiques aux lésions créées par le contact des orties.

L’œdème angioneurotique (ou angio-œdème ou œdème de Quincke) est une forme particulière d’urticaire. C’est un œdème (gonflement) profond des tissus sous-cutanés ou sous-muqueux, avec une peau d’apparence souvent normale, accompagné d’une sensation de picotements ou de brûlure plutôt que de véritable prurit. On peut retrouver ce gonflement sur le visage (lèvres, paupières), mais aussi au niveau des régions génitales, aux extrémités ou au niveau des grosses articulations. L’œdème de Quincke peut atteindre les muqueuses de la bouche, du larynx ou des voies digestives (apparition de maux de ventre, nausées, vomissements ou diarrhées). Quand apparaît un œdème laryngé, une asphyxie brutale est possible. Heureusement, ce type d’atteinte est rare !

Les symptômes respiratoires


La rhinite

Il s’agit des symptômes résultant d’une réaction immunologique due à une hypersensibilité dans le nez. Elle se subdivise en différents sous-groupes repris dans le schéma ci-dessous :


L’OMS recommande que les anciens termes « saisonnière » et « pérenne » devraient être remplacés par « rhinite allergique intermittente » et « rhinite allergique persistante ». Cependant, dans les cas de rhinite allergique induite par le pollen, l’expression « rhinite allergique saisonnière » reste valable.

L’asthme

Marchac reprend une définition de l’asthme qui, selon elle, vise l’aspect physiopathologique : « c’est une maladie inflammatoire chronique des voies aériennes dans laquelle de nombreuses cellules jouent un rôle, notamment les mastocytes, les éosinophiles et les lymphocytes T. chez les sujets prédisposés, cette inflammation entraîne des symptômes récidivants de sifflement, d’essoufflement et de toux, particulièrement la nuit et au petit matin. Ces symptômes sont généralement associés à une obstruction diffuse mais variable des voies aériennes, qui est au moins partiellement réversible soit spontanément, soit sous traitement. » Les mécanismes allergiques sont impliqués dans environ 80% des cas d’asthme chez les enfants et dans plus ou moins 40 à 50% des formes adultes. Les anciens termes « extrinsèque », « intrinsèque », « exogène » et « endogène » ne devraient plus être utilisés pour distinguer les différents types d’asthme :


Les patients associent spontanément les symptômes cutanés à l’allergie alimentaire, tandis que les symptômes respiratoires, particulièrement l’asthme, le sont rarement. Les médecins doivent suspecter une allergie alimentaire lorsque l’asthme apparaît chez un adolescent, quand il est associé à une dermatite atopique avec des taux d’Ig E totaux élevés, et qu’il ne répond pas au traitement. Les symptômes respiratoires peuvent aussi être causés par inhalation d’allergènes alimentaires, particulièrement après exposition industrielle. L’asthme des boulangers résultant de l’inhalation de farine (froment, alpha-amylase), l’asthme des cuisiniers aux émanations de vapeurs de cuisine (légumineuses, poisson)… en sont des illustrations (= asthme professionnel).

Les symptômes digestifs

Il s’agit des nausées, vomissements, diarrhées, constipation et douleurs abdominales. Ce sont les plus classiques. Certains enfants allergiques peuvent présenter un dégoût pour un aliment avec refus de la prise de cet aliment ! Cela peut correspondre à une authentique allergie alimentaire.

Bidat et Loigerot signalent que « la forme digestive chronique peut conduire à un tableau de malabsorption avec cassure de la courbe de poids, anorexie, météorisme abdominal et dénutrition. La colite induite par l’ingestion d’un aliment est bien documentée au cours de l’allergie aux protéines du lait de vache. »

Les symptômes généralisés

L’anaphylaxie se présente comme une réaction sévère (parfois vitale !) et généralisée pouvant associer des symptômes cutanés, respiratoires, cardio-vasculaires et gastro-intestinaux.

L’expression « anaphylaxie allergique » devrait être utilisée quand un mécanisme immunologique peut être démontré. Toutes les autres situations, qui sont beaucoup moins courantes, devraient se retrouver sous la dénomination « anaphylaxie non allergique ».

C’est une réaction redoutable survenant la plupart du temps 1 à 30 minutes après l’exposition à l’aliment (la moyenne est de 30 minutes, mais dans les cas extrêmement sévères, le choc survient en quelques minutes) . Néanmoins, le délai de survenue peut atteindre 2 heures après le repas. L’anaphylaxie peut être la première manifestation de l’allergie alimentaire ou se développer chez des sujets ayant une histoire clinique d’allergie.

Attention !!! D’après Bidat et Loigerot, « l’anaphylaxie n’est pas un choc anaphylactique. Les Anglo-Saxons utilisent le terme d’anaphylaxie s’il existe des signes cutanés, comme une urticaire, associés à un signe respiratoire, ou un signe digestif, ou un signe cardiovasculaire. »

Bidat et Loigerot disent que « tous les signes de l’allergie peuvent s’associer dans le choc anaphylactique : crise d’asthme, urticaire généralisée, œdème de Quincke, rhinite, conjonctivite, vomissements ; mais la gravité du choc est due avant tout à une défaillance cardiaque, la pouls s’accélère, la tension chute. »

« Le vrai choc anaphylactique est exceptionnel et ce terme ne devrait être employé que pour les états de défaillance sévère avec chute importante de la tension artérielle. »

Le terme « anaphylactoïde » (utilisé pour parler des manifestations identiques à celles de l’allergie sans qu’il existe de cause allergique) ne devrait plus être utilisé (Codex Alimentarius – FAO/OMS).

Il existe une situation particulière : l’anaphylaxie induite par l’exercice. Dans ce cas, la prise de l’aliment incriminé n’induit la réaction anaphylactique que si elle est suivie d’un effort physique dans les 2 à 4 heures suivant l’ingestion. Ce type d’anaphylaxie est caractérisé par un afflux sanguin (flush), principalement au visage, ou une urticaire associés à des symptômes respiratoires et/ou gastro-intestinaux, qui peuvent parfois précéder une faillite cardio-vasculaire. Cette affection est rarement observée : les allergies aux poissons, aux crustacés, au céleri et au froment ont été impliquées. Elle se passe 2 fois plus souvent chez la femme que chez l’homme (sexe ratio 2:1) et plus de 60% des cas ont lieu chez des personnes de moins de 30 ans.

En France, 110 cas d’anaphylaxie sévère ont été déclarés par le Réseau d’Allergo-Vigilance entre 2002 et 2005.


Le syndrome oral (oral allergy syndrome – OAS)

Le syndrome oral (de Lessof) est dû au contact des allergènes alimentaires (essentiellement d’origine végétale) sur la muqueuse buccale provoquant prurit et œdème des lèvres, … et éventuellement une dysphagie . Le patient ressent un picotement vélo-palatin. On le définit comme un ensemble de symptômes provoqués par exposition de la muqueuse oro-pharyngée à des allergènes alimentaires.

Tous les aliments peuvent provoquer ce syndrome, cependant, les fruits et légumes frais sont les plus couramment impliqués. Il peut aussi être associé à une pollinose, et plus particulièrement à l’allergie au pollen de bouleau ou d’armoise.

Les symptômes buccaux apparaissent quelques minutes après avoir consommé l’aliment responsable. Dans certains cas, d’autres organes que la bouche peuvent être atteints et ceci, 30 à 60 minutes après ingestion de l’allergène. Ceci suggère que le syndrome oral peut être défini comme un syndrome variable dans lequel des symptômes oraux immédiats peuvent être associés à des manifestations retardées dans d’autres organes.

Les aliments causant le plus fréquemment un syndrome oral sont : la pomme, les noix, la pêche, le fenouil, la cerise et le céleri. Ce syndrome peut également être provoqué occasionnellement par certains produits d’origine animale tels que le lait, les œufs et le poisson. Certains patients présentent des symptômes à plus d’un aliment, et un aliment peut provoquer différents symptômes. Bien plus, certains individus ne développent des symptômes qu’au contact d’aliments frais tandis qu’ils tolèrent ces mêmes aliments lorsqu’ils sont cuits !

Le syndrome oral est fréquemment associé à une allergie respiratoire au pollen des graminées, du bouleau ou de l’armoise.

Les symptômes tendent à être fréquemment plus sévères pendant et après la saison pollinique.

Signes non reconnus de l’allergie alimentaire

Exemples : migraines, troubles psychologiques, neuropathies, syndrome d’hyperkinésie, syndrome de fatigue chronique, dysurie, arthrite, maladies vasculaires auto-immunes…

Les céphalées :

Le déclenchement par certains aliments de crises migraineuses est fréquemment allégué par les patients. Les mécanismes qui sous-tendent ce phénomène sont inconnus. Les aliments les plus souvent incriminés dans le déclenchement de migraines sont riches en amines biogènes ou histaminolibérateurs : vin, chocolat, œuf, charcuterie, fromage…

Remarque : le glutamate de sodium peut induire des migraines probablement par un effet vasospastique direct sur le tonus artériel. La tyramine est un agoniste du glutamate. L’association de tyramine et de glutamate de sodium augmente la fréquence et l’intensité des migraines.

Le syndrome des enfants hyperréactifs :

Celui-ci a bénéficié d’une large médiatisation malgré le manque d’études cliniques et scientifiques confortant l’hypothèse d’une relation de ces troubles caractériels avec une intolérance aux additifs.

Les symptômes neurovégétatifs :

Il n’est pas possible de passer sous silence de nombreux symptômes neurovégétatifs (neurosensoriels en particulier) qui font suspecter par le patient une origine alimentaire. Il s’agit en fait, comme on pourra l’affirmer après en avoir fait l’analyse et le bilan, de névroses alimentaires, et l’on doit les considérer comme un diagnostic différentiel qui tend peut-être à augmenter de fréquence avec la médiatisation des allergies alimentaires et des fausses allergies alimentaires.

Le choc histaminique :

Celui-ci est rare, fruste et d’apparition plus tardive que le choc anaphylactique. Il survient en règle générale 2 à 3 heures après le repas. Le sujet accuse une sensation de chaleur avec érythème généralisé, nausées, vomissements ou diarrhée. Une chute tensionnelle modérée et transitoire est parfois observée. Sa relative bénignité le différencie du choc anaphylactique de l’allergie alimentaire. Il est souvent rapporté à l’ingestion d’aliments particulièrement riches en histamine.

B. La prévalence

a. Augmentation de la fréquence des allergies : observations

En général, les allergies sont plus fréquentes chez les riches que chez les pauvres, dans les villes qu’à la campagne et dans les pays de l’Ouest que dans ceux de l’Est. Ainsi, l’asthme est rare en Europe de l’Est et sa prévalence est élevée dans les pays industrialisés et anglophones comme l’Angleterre, l’Australie, l’Irlande et l’Amérique.

b. Les causes possibles de l’augmentation

Les professionnels de la santé sont de plus en plus vigilants en ce qui concerne les allergies alimentaires. En effet, auparavant, la prévalence était sous-estimée ; ce qui nous conduit à relativiser l’accroissement récent des chiffres de prévalence observés.

Cependant, certaines études montrent que l’augmentation de la prévalence pourrait être expliquée par d’autres facteurs.

Il semblerait qu’un âge maternel supérieur à 30 ans, à la naissance (surtout s’il s’agit du premier enfant), serait un facteur de risque important.

D’après Langhendries, les études épidémiologiques des dernières années démontrent que l’infection au sens large dans le jeune âge est susceptible de diminuer le risque de voir se développer ultérieurement des phénomènes atopiques. La colonisation bactérienne du nouveau-né est capitale dans la prévention des allergies. Plusieurs constatations ont été faites : Le mode de délivrance serait un facteur de risque  : il faut privilégier les accouchements par voie basse car c’est le meilleur moyen d’avoir une colonisation microbienne plus adéquate (via la flore vaginale mais surtout fécale de la mère) ; il faut encourager un allaitement maternel exclusif prolongé qui va permettre le développement d’une flore intestinale riche en bifidobactéries et en lactobacilles  ; il faut éviter les antibiothérapies qui ne semblent pas justifiées. Si, malgré tout, elle est indispensable, elle doit être la plus courte possible et choisir un antibiotique avec un spectre étroit ; il faut également bannir une diversification alimentaire précoce. Elle doit être lente et progressive.

La théorie « hygiéniste » pourrait expliquer la hausse des réactions allergiques dans nos contrées vu l’amélioration de l’hygiène dans nos sociétés. En effet, notre mode de vie « aseptisé » conduirait à une évolution du système immunitaire des jeunes enfants vers un profil de type Th2 (lymphocytes) associé à des réactions IgE-dépendantes, au détriment du profil de type Th1 (moins impliqué dans les réactions allergiques).

Notre environnement a également changé (confinement des appartements, climatisation…). La pollution, automobile en particulier (ozone, particules de diesel) aggrave les symptômes d’allergie mais son rôle initiateur de sensibilisation reste incertain.

Les vaccinations seraient également un facteur de risque des allergies.

Nous avons également la chance de disposer d’une large gamme de denrées alimentaires provenant d’horizons divers, qui sont autant d’allergènes potentiels pour les consommateurs (ex. fruits exotiques). Les habitudes alimentaires se sont modifiées au cours du temps avec une diminution de la consommation d’acides gras oméga-3 , une augmentation des apports en oméga-6 et une réduction des apports en antioxydants.

Le consommateur est aussi exposé à des allergènes masqués issus des produits de l’industrie agroalimentaire. Ces produits sont de plus complexes et contiennent parfois des allergènes dont on ne soupçonne pas l’existence (ex. contaminations).

c. La situation générale

On évalue la prévalence des allergies alimentaires entre 2 et 4 % tous âges confondus. Il semblerait qu’elle ait doublé en 10 à 15 ans. Elle est aussi plus fréquente chez l’enfant que chez l’adulte.

Bien qu’il y ait assez bien de publications concernant la prévalence des allergies alimentaires, il n’est pas évident de déterminer si l’on peut tirer des conclusions des rapports quant à la cohérence des estimations et la qualité de l’information (différences dans les objectifs, ou la méthodologie ou encore différences entre les populations). C’est pourquoi il est recommandé que les études soient faites en utilisant des méthodes standardisées, si possible des tests de provocation.

On estime la prévalence des allergies alimentaires chez les enfants à 6 à 8 %.

Venter et ses collaborateurs (UK) ont réalisé une étude sur 969 enfants âgés de 1 à 3 ans. Ils en ont conclu que 5 à 6 % des enfants souffrent d’allergie alimentaire (chiffres basés sur l’histoire clinique et des tests de provocation). Les principaux aliments impliqués étaient le lait de vache, l’œuf de poule et l’arachide. A l’âge de 3 ans, ¾ des enfants avaient perdu leur hypersensibilité au lait et la moitié à l’œuf.

D. L’auto-perception en chiffres

La population générale a tendance à surestimer la fréquence de l’allergie alimentaire.

Une méta-analyse réalisée par Rona et al. démontre une hétérogénéité marquée pour la majorité des estimations de la prévalence, en ce qui concerne l’hypersensibilité alimentaire perçue : les variations pour chaque estimation variait de 1,2% à 17% pour le lait de vache, de 0,2% à 7% pour les œufs, de 0% à 2% pour l’arachide et le poisson, de 0% à 10% pour les crustacés et de 3% à 35 % pour tous les aliments.

Ces prévalences sont bien au-dessus des estimations de prévalence basées sur des évaluations objectives incluant des prick tests cutanés, un dosage des IgE ou un test de provocation.

C. L’évolution naturelle des allergies et intolérances alimentaires

La plupart des allergies alimentaires sont acquises dans les 2 premières années de vie. La disparition d’une allergie dépend à la fois de l’enfant et du type d’allergie (aliment mis en cause). Par exemple, la plupart des allergies au lait disparaissent avec le temps, mais par contre, la plupart des allergies aux arachides et aux fruits à coque durent toute la vie. En plus, bien que certains enfants deviennent tolérants au lait en quelques mois, le processus peut prendre plus de temps chez d’autres enfants (8 à 10 ans) !

On a l’impression qu’une éviction stricte de l’aliment responsable d’une allergie peut aider au processus de guérison et même l’accélérer et que des expositions répétées même à de petites quantités d’allergène peuvent retarder le développement d’une tolérance chez certains patients. En pratique, on peut voir des enfants qui perdent rapidement leur(s) allergie(s) sans éviction stricte et d’autres qui gardent leur(s) allergie(s) même avec une éviction très rigoureuse.

Le dose d’aliment déclenchant des réactions évolue au cours du temps : un nourrisson qui réagit à des doses infimes d’allergènes peut, en grandissant, réagir à des doses plus importantes.

Quoi qu’il en soit, il faut suivre une éviction stricte, au moins pour éviter les symptômes et dans l’espoir d’accélérer le processus de guérison. Un diagnostic précoce est également important : plus l’aliment incriminé dans l’allergie est supprimé tôt de l’alimentation, plus les chances de guérison semblent augmenter.

D. Le diagnostic

Le dépistage d’une allergie alimentaire nécessite une démarche diagnostique précise et cohérente. Différents moyens sont utilisés :

L’interrogatoire

Quelquefois, une histoire clinique convaincante est suffisante pour poser le diagnostic d’une allergie alimentaire. Sampson l’a définie comme une réaction anaphylactique apparaissant moins d’une heure après l’ingestion de l’aliment isolé, connue depuis moins de 3 ans, et ayant nécessité un traitement médical d’urgence. Dans tous les autres cas, il est nécessaire de réaliser d’autres investigations.

Le médecin devra alors s’intéresser aux antécédents familiaux atopiques (80% des cas) et aux antécédents personnels atopiques (= facteur de risque pour le développement d’une allergie à un nouvel aliment).

Le médecin devra aussi effectuer un examen clinique (de la peau, des voies respiratoires…) et interroger le patient sur le délai d’apparition des symptômes, le nombres de réactions déjà observées, les modifications (voire aggravations ou améliorations) éventuelles des signes lors des ré-expositions… L’interrogatoire va essayer de déterminer le ou les aliment(s) susceptibles d’induire des réactions (+ quantité d’aliment(s) provoquant des signes).

Les médecins s’aident quelquefois d’un questionnaire standardisé afin de faciliter l’interrogatoire et d’éviter les oublis : Questionnaire standardisé en cas de suspicion d’allergie alimentaire. Les questions à poser. Antécédents d’atopie (dermatite atopique, asthme ou rhinite allergique) Antécédents personnels (préciser en plus si antécédents d’allergie alimentaire) Antécédents familiaux du premier degré Les symptômes à préciser : nature, rythme (postprandial, sans rapport avec les repas ou non précisable), délai par rapport à la prise alimentaire, ancienneté (âge des premiers symptômes) Facteurs associés lors de la survenue de l’accident : effort, prise d’aspirine… Réponse aux traitements Reproductibilité avec l’aliment incriminé Réactions antérieures (nombre et date) Le mode d’alimentation Familial, crèche, cantine, restaurant Grignotage Habitudes culinaires Parfois s’aider d’un journal alimentaire2 Aliment(s) suspecté(s) et évoqué(s) par le patient Quantité provoquant la réaction Aliments en association S’agit-il de la première consommation de l’aliment Etat général au moment de la réaction (bonne santé, gastro-entérite ou autre) Source :

Les tests cutanés


Les prick tests

Comme l’expliquent Rancé et Bidat, « Les tests cutanés sont réalisés par prick test, technique simple, rapide et très spécifique. Une goutte d’allergène est déposée sur la peau, puis une piqûre est réalisée à travers la goutte de réactif. Ils sont réalisés au niveau du bras ou du dos et sont espacés de 3 cm. Différentes aiguilles pour prick tests sont disponibles et le choix dépend de l’expérience de chaque utilisateur. La lecture du test est effectuée à 15 minutes. La plupart des fruits et légumes perdent rapidement leur activité allergénique et leurs allergènes ne sont pas représentés de façon suffisante dans les extraits commerciaux. Pour cette classe d’aliments, on utilise de plus en plus fréquemment des produits frais ou dits natifs ; le prick test est alors réalisé en piquant le prick dans l’aliment puis en effectuant la piqûre sur le dos (prick + prick). La valeur prédictive négative est excellente avec les extraits natifs, de sorte que des tests cutanés négatifs pourraient exclure une allergie alimentaire. En revanche, un test cutané positif témoigne d’une simple sensibilisation justifiant de poursuivre les explorations pour préciser s’il s’agit d’une authentique allergie alimentaire. Les extraits frais donnent une réponse plus forte que les extraits commerciaux, ils sont aussi plus sensibles. »

Les tests cutanés ont une excellente sensibilité (›95%) mais une faible spécificité de 50% (si l’on ne tient pas compte de l’histoire).

Avant de faire les tests cutanés, on doit arrêter la prise d’anti-histaminiques pendant plusieurs jours (en fonction du type de médicament pris). On réalise aussi 2 prick tests afin d’interpréter le test : il s’agit d’un témoin positif pour vérifier que la peau réagit normalement (tout le monde réagit) et d’un témoin négatif pour s’assurer que la peau ne présente pas de réaction avec les extraits dilués.

Les patch-tests ou tests épicutanés

Ils permettent de diagnostiquer l’hypersensibilité retardée et sont utiles dans les eczémas de contact.

Il s’agit de timbres adhésifs sur lesquels sont fixées des cupules contenant les allergènes. Ces patchs sont placés dans le dos dans une zone exempte d’eczéma et la lecture est réalisée à 48 et 72h, 20 minutes après le retrait des patchs.

D’après Strömberg, les patch-tests seraient plus sensibles que les prick tests pour diagnostiquer l’allergie alimentaire chez les enfants souffrant d’eczéma / dermatite atopique, spécialement chez les moins de 2 ans.

Mehl et al. estiment que, bien que la capacité prédictive des patch-tests soit améliorée quand ils sont combinés avec des mesures d’IgE spécifiques ou des prick tests, les tests de provocation orale deviennent superflus chez seulement 0,5 à 14% des patients étudiés.

D’après Canani, les patch-tests seraient utiles pour diagnostiquer les enfants souffrant de symptômes gastro-intestinaux liés à une allergie alimentaire. La précision diagnostique des patch-tests serait plus élevée avec des aliments frais qu’avec des extraits commerciaux.

Les tests in vitro – prise de sang

Les tests in vitro (RAST et ELISA par exemple) sont également effectués pour rechercher une éventuelle allergie alimentaire médiée par les IgE mais ils sont considérés comme moins sensibles et moins spécifiques que les tests cutanés.

Le dosage des IgE totales

Ce dosage ne sert pas à grand-chose dans le dépistage d’un terrain allergique car des IgE totales élevées peuvent être le signe d’infections virales ou de parasitoses par exemple.

Le dosage des IgE spécifiques

Comme pour les tests cutanés, des IgE spécifiques à un allergène positives montrent qu’il existe une sensibilisation. Sans réaction allergique, on parle de sensibilisation. Lors de manifestations cliniques au contact de l’allergène, on parle d’allergie.

Les tests de provocation


Le test de provocation labiale

Au cours de ce test, on met les lèvres en contact avec des aliments afin de vérifier s’il y a manifestation allergique ou non. Ce test est simple, rapide et peu coûteux.

Le test de provocation orale

Lorsque l’on n’arrive pas à déterminer s’il y a sensibilisation (les tests cutanés et/ou sanguins sont positifs) ou allergie, on pratique un test de provocation orale avec des quantités croissantes d’aliment(s). Ce test permet de cibler le ou les allergène(s) responsable(s) des réactions et d’éviter des évictions alimentaires inutiles. Le fait de donner des quantités de plus en plus importantes d’allergène permet de déterminer la quantité d’aliment qui déclenche les réactions (= dose cumulée réactogène) ainsi que le type de symptômes. Cela permet d’évaluer le risque encouru par la consommation accidentelle de l’aliment et ainsi de prendre les mesures thérapeutiques nécessaires.

Le test de provocation orale nécessite également l’arrêt des médicaments (corticoïdes et anti-histaminiques) pendant plusieurs jours.

Il existe différents types de tests de provocation orale : en ouvert (la patient et le médecin sont au courant du contenu du test), en simple aveugle (seul le médecin connaît le contenu du test) et en double aveugle (aucun des deux ne connaît le contenu du test).

Le test en ouvert est très utile pour éliminer les causes. Ce test est suffisant chez la plupart des patients chez qui l’on suspecte une allergie pour confirmer un diagnostic.

Le test en simple aveugle est utile pour confirmer des symptômes objectifs.

Le test en double aveugle est réalisé dans des circonstances particulières : un contexte psychologique difficile, une croyance familiale ancrée pour de multiples aliments, un syndrome d’allergies multiples, les symptômes subjectifs du grand enfant (douleurs abdominales, myalgies), la prise accidentelle d’un aliment suspect sans réaction clinique et persistance de la croyance familiale dans l’allergie alimentaire et des études scientifiques en allergologie alimentaire (Rancé et Bidat).

Les tests de provocation en double aveugle contrôlés par placebo (DBPCFC – double-blind placebo-controlled food challenge) sont les « étalons or » pour le diagnostic des allergies alimentaires et pour valider les études en allergologie alimentaire. cependant, ils prennent du temps, sont onéreux et peuvent être pénibles pour le patient (risques de réactions systémiques sévères).

Ils doivent être réalisés par un personnel entraîné et dans un lieu où un équipement permettant de prendre en charge les réactions d’anaphylaxie est disponible immédiatement (c’est-à-dire en milieu hospitalier).

Ces tests sont contre-indiqués chez les patients avec une histoire évidente d’anaphylaxie suite à l’ingestion isolée d’un aliment. Cependant, si plusieurs aliments ont été consommés par le patient et que plusieurs tests cutanés sont positifs, il est primordial d’identifier l’aliment responsable !

L’Académie Européenne d’Allergologie et d’Immunologie Clinique (EAACI) s’est positionnée concernant la standardisation des tests de provocation chez les patients souffrant de réactions immédiates.

Conclusion

On peut résumer en reprenant un texte de Juchet : « Dans l’allergie alimentaire IgE-dépendante, la positivité des prick tests et des IgE spécifiques permet uniquement de poser le diagnostic de sensibilisation alimentaire. Le diagnostic d’allergie alimentaire est confirmé par la positivité du test de provocation orale. Dans les formes mixtes et non IgE-médiées d’allergie alimentaire, les prick tests doivent être complétés par des atopy patch tests aux aliments consommés couramment par l’enfant. En cas de positivité, la pertinence des tests est affirmée par l’amélioration des symptômes sous régime d’éviction. La récidive des symptômes lors d’un test de provocation orale confirmera le diagnostic d’allergie alimentaire. »

E. Les allergies croisées

On parle d’allergie croisée quand un individu réagit à des protéines présentes dans des substances végétales ou animales taxonomiquement proches, ou à des protéines ayant une grande homologie de structure mais issues de sources d’allergènes très différentes.

On constate 3 types d’allergies croisées impliquant des aliments : aliments – pneumallergènes aliments – aliments aliments – latex

Les allergies croisées aliments – pneumallergènes

Des individus allergiques aux pollens de bouleau, de composées, ou encore de graminées… peuvent développer des symptômes lors de l’ingestion de certains aliments.

En cas d’allergie au pollen de bouleau, 50 à 60 % (voire même 70 %) des patients sont sensibilisés aux fruits et légumes de la famille des rosacées (pomme, poire, pêche, abricot, prune, cerise, carotte, céleri, … ), aux noisettes, aux amandes, aux noix de coco, aux châtaignes et aux noix. L’allergénicité de ces fruits et légumes est réduite, voire détruite, lors de la cuisson.

Au moins 50 % des personnes allergiques au pollen de composées, telles que l’armoise et l’ambroisie, présentent une sensibilisation au céleri (ombellifère). Des personnes allergiques aux épices (poivre, moutarde, anis, fenouil, coriandre, cumin, curry) et au céleri peuvent présenter une pollinose, notamment dirigée contre l’armoise.

Il peut aussi exister une allergie aux pollens de graminées et aux solanacées (tomate, pomme de terre, poivron).

On peut rencontrer des sensibilisations croisées entre les acariens, les escargots et la crevette. Un allergique aux acariens peut présenter des symptômes en consommant des crevettes ou des escargots.

On a également décrit le « syndrome œuf-oiseau » (après un contact prolongé avec des oiseaux, des individus peuvent développer une allergie alimentaire à l’œuf). Il peut aussi exister une allergie croisée entre le blanc d’œuf de poule et celui d’œuf de cane, d’oie ou de dinde ainsi qu’entre le blanc d’œuf de poule et la viande de poulet.

On a décrit également un « syndrome porc-chat ».

Les allergies croisées aliments – aliments

Il s’agit d’allergies croisées à différents aliments d’une même famille botanique (les légumineuses, les rosacées, les solanacées, les ombellifères, les brassicaceae…), aux laits de différentes espèces de mammifères (lait de vache, chèvre, jument, anesse), aux différentes viandes par l’intermédiaire d’une sensibilisation à la sérumalbumine, aux différents crustacés et mollusques (sensibilisation à la tropomyosine).

Les allergies croisées aliments – latex

Il existe des réactions croisées entre le latex et certains aliments (banane, avocat, kiwi, châtaigne, papaye, ananas, arachide, melon, tomate, céleri, fruit de la passion …) (= syndrome latex – fruits) . La liste des aliments impliqués s’allonge régulièrement.

 
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