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D. L’auto-perception en chiffres
La population générale a tendance à surestimer la fréquence de l’allergie alimentaire.
Une méta-analyse réalisée par Rona et al. démontre une hétérogénéité
marquée pour la majorité des estimations de la prévalence, en ce qui
concerne l’hypersensibilité alimentaire perçue : les
variations pour chaque estimation variait de 1,2% à 17% pour le lait de
vache, de 0,2% à 7% pour les œufs, de 0% à 2% pour l’arachide et le
poisson, de 0% à 10% pour les crustacés et de 3% à 35 % pour tous les
aliments.
Ces prévalences sont bien au-dessus des estimations de prévalence
basées sur des évaluations objectives incluant des prick tests cutanés,
un dosage des IgE ou un test de provocation.
C. L’évolution naturelle des allergies et
intolérances alimentaires
La plupart des allergies alimentaires sont acquises dans les 2
premières années de vie. La disparition d’une allergie dépend à la fois
de l’enfant et du type d’allergie (aliment mis en cause). Par exemple,
la plupart des allergies au lait disparaissent avec le temps, mais par
contre, la plupart des allergies aux arachides et aux fruits à coque
durent toute la vie.
En plus, bien que certains enfants deviennent tolérants au lait en
quelques mois, le processus peut prendre plus de temps chez d’autres
enfants (8 à 10 ans) !
On a l’impression qu’une éviction stricte de l’aliment responsable
d’une allergie peut aider au processus de guérison et même l’accélérer
et que des expositions répétées même à de petites quantités d’allergène
peuvent retarder le développement d’une tolérance chez certains
patients.
En pratique, on peut voir des enfants qui perdent rapidement leur(s)
allergie(s) sans éviction stricte et d’autres qui gardent leur(s)
allergie(s) même avec une éviction très rigoureuse.
Le dose d’aliment déclenchant des réactions évolue au cours du
temps : un nourrisson qui réagit à des doses infimes
d’allergènes peut, en grandissant, réagir à des doses plus importantes.
Quoi qu’il en soit, il faut suivre une éviction stricte, au moins pour
éviter les symptômes et dans l’espoir d’accélérer le processus de
guérison. Un diagnostic précoce est également important : plus
l’aliment incriminé dans l’allergie est supprimé tôt de l’alimentation,
plus les chances de guérison semblent augmenter.
D. Le diagnostic
Le dépistage d’une allergie alimentaire nécessite une démarche
diagnostique précise et cohérente. Différents moyens sont
utilisés :
L’interrogatoire
Quelquefois, une histoire clinique convaincante est suffisante pour
poser le diagnostic d’une allergie alimentaire. Sampson l’a définie
comme une réaction anaphylactique apparaissant moins d’une heure après
l’ingestion de l’aliment isolé, connue depuis moins de 3 ans, et ayant
nécessité un traitement médical d’urgence. Dans tous les autres cas, il
est nécessaire de réaliser d’autres investigations.
Le médecin devra alors s’intéresser aux antécédents familiaux atopiques
(80% des cas) et aux antécédents personnels atopiques (= facteur de
risque pour le développement d’une allergie à un nouvel aliment).
Le médecin devra aussi effectuer un examen clinique (de la peau, des
voies respiratoires…) et interroger le patient sur le délai
d’apparition des symptômes, le nombres de réactions déjà observées, les
modifications (voire aggravations ou améliorations) éventuelles des
signes lors des ré-expositions… L’interrogatoire va essayer de
déterminer le ou les aliment(s) susceptibles d’induire des réactions (+
quantité d’aliment(s) provoquant des signes).
Les médecins s’aident quelquefois d’un questionnaire standardisé afin
de faciliter l’interrogatoire et d’éviter les oublis :
Questionnaire standardisé en cas de suspicion d’allergie alimentaire.
Les questions à poser.
Antécédents d’atopie (dermatite atopique, asthme ou rhinite allergique)
Antécédents personnels (préciser en plus si antécédents d’allergie alimentaire)
Antécédents familiaux du premier degré
Les symptômes à préciser : nature, rythme (postprandial, sans
rapport avec les repas ou non précisable), délai par rapport à la prise
alimentaire, ancienneté (âge des premiers symptômes)
Facteurs associés lors de la survenue de l’accident : effort, prise d’aspirine…
Réponse aux traitements
Reproductibilité avec l’aliment incriminé
Réactions antérieures (nombre et date)
Le mode d’alimentation
Familial, crèche, cantine, restaurant
Grignotage
Habitudes culinaires
Parfois s’aider d’un journal alimentaire2
Aliment(s) suspecté(s) et évoqué(s) par le patient
Quantité provoquant la réaction
Aliments en association
S’agit-il de la première consommation de l’aliment
Etat général au moment de la réaction (bonne santé, gastro-entérite ou autre)
Source :
Les tests cutanés
Les prick tests
Comme l’expliquent Rancé et Bidat, « Les tests cutanés sont
réalisés par prick test, technique simple, rapide et très spécifique.
Une goutte d’allergène est déposée sur la peau, puis une piqûre est
réalisée à travers la goutte de réactif. Ils sont réalisés au niveau du
bras ou du dos et sont espacés de 3 cm. Différentes aiguilles pour
prick tests sont disponibles et le choix dépend de l’expérience de
chaque utilisateur. La lecture du test est effectuée à 15 minutes. La
plupart des fruits et légumes perdent rapidement leur activité
allergénique et leurs allergènes ne sont pas représentés de façon
suffisante dans les extraits commerciaux. Pour cette classe d’aliments,
on utilise de plus en plus fréquemment des produits frais ou dits
natifs ; le prick test est alors réalisé en piquant le prick
dans l’aliment puis en effectuant la piqûre sur le dos (prick + prick).
La valeur prédictive négative est excellente avec les extraits natifs,
de sorte que des tests cutanés négatifs pourraient exclure une allergie
alimentaire. En revanche, un test cutané positif témoigne d’une simple
sensibilisation justifiant de poursuivre les explorations pour préciser
s’il s’agit d’une authentique allergie alimentaire. Les extraits frais
donnent une réponse plus forte que les extraits commerciaux, ils sont
aussi plus sensibles. »
Les tests cutanés ont une excellente sensibilité (›95%) mais une faible
spécificité de 50% (si l’on ne tient pas compte de l’histoire).
Avant de faire les tests cutanés, on doit arrêter la prise
d’anti-histaminiques pendant plusieurs jours (en fonction du type de
médicament pris). On réalise aussi 2 prick tests afin d’interpréter le
test : il s’agit d’un témoin positif pour vérifier que la peau
réagit normalement (tout le monde réagit) et d’un témoin négatif pour
s’assurer que la peau ne présente pas de réaction avec les extraits
dilués.
Les patch-tests ou tests épicutanés
Ils permettent de diagnostiquer l’hypersensibilité retardée et sont utiles dans les eczémas de contact.
Il s’agit de timbres adhésifs sur lesquels sont fixées des cupules
contenant les allergènes. Ces patchs sont placés dans le dos dans une
zone exempte d’eczéma et la lecture est réalisée à 48 et 72h, 20
minutes après le retrait des patchs.
D’après Strömberg, les patch-tests seraient plus sensibles que les
prick tests pour diagnostiquer l’allergie alimentaire chez les enfants
souffrant d’eczéma / dermatite atopique, spécialement chez les moins de
2 ans.
Mehl et al. estiment que, bien que la capacité prédictive des
patch-tests soit améliorée quand ils sont combinés avec des mesures
d’IgE spécifiques ou des prick tests, les tests de provocation orale
deviennent superflus chez seulement 0,5 à 14% des patients étudiés.
D’après Canani, les patch-tests seraient utiles pour diagnostiquer les
enfants souffrant de symptômes gastro-intestinaux liés à une allergie
alimentaire. La précision diagnostique des patch-tests serait plus
élevée avec des aliments frais qu’avec des extraits commerciaux.
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